Descriptif

 
© Bruce Clarke

Ecole technique de Murambi, Gicongoro.
Un des nombreux lieux de mémoire actuels au Rwanda.
27 000 personnes y furent massacrés. Certaines des victimes furent identifiées par leurs vêtements qui sont maintenant conservés dans les salles de classes
Il nous a paru nécessaire de concevoir une "sculpture" qui tienne compte :
  • du nombre de victimes (environ un million). Avant tout autre chose ;
  • de l'espace ou du volume que représente ce nombre ;
  • de l'importance de la participation de la communauté dans la réalisation ;
  • de l'importance de la participation d'artistes et intellectuels, rwandais et étrangers;
    d'abord parce que les " artistes " sont censés être les mieux à même de concevoir et de construire des mémoriaux et des monuments, ensuite, parce que, pour désuet que soit considéré le terme, il existe un devoir moral d'implication ;
  • de la difficulté de la "représentation" d'un tel événement, ainsi que de la difficulté et de l'ambiguité de sa non-représentation.

Un million de pierres portant chacune le nom
ou un signe distinctif d'un disparu, posées sur un site aménagé d'un kilomètre carré, environ.

La pose de pierres commencera d'un point central sur le terrain et s'ouvrira vers l'extérieur. De cette manière, de plus en plus de personnes pourront participer à la construction du mémorial sans risquer de se gêner. Les pierres formeront un dessin géométrique rappelant les terrasses cultivées des collines.

La construction du mémorial sera en elle-même un processus de remémoration et de recueillement.. La cérémonie de commémoration consistera en la pose des pierres. Elle sera simple et sobre. Chaque personne ira prendre une pierre et la marquera d'un nom ou d'un autre signe identifiant une victime. Elle la placera ensuite d'une manière ordonnée à la suite d'une autre pierre déjà placée. Chaque pierre aura une identité individuelle, tout en étant indissociable de l'ensemble.

Les pierres seront placées par les membres des familles ou proches des victimes au cours de cette cérémonie de commémoration. Mais pas seulement. Toute autre personne qui se sent concernée, rwandaise ou étrangère, pourrait placer une pierre en mémoire d'une victime. Cette cérémonie durera plusieurs mois. Elle pourrait également s'inscrire dans une plus longue durée. Dans les mois ou les années qui suivront les cérémonies institutionnelles de commémoration, des individus pourraient venir placer une pierre en souvenir. Le jardin s'élargira ainsi sur son site déterminé.

La pierre, anonyme par sa matière et sa quantité, sera individualisée en l'associant à une " marque " distinctive rappelant un défunt. Cette marque pourrait être le nom gravé, la photo, une lettre. Elle pourrait être permanente ou éphémère. Une équipe d'animateurs et d'artistes assistera techniquement les participants pour qu'ils associent la " marque " à la pierre.

Par sa nature, le Jardin sera la plus grande création collective des temps modernes. Il sera aussi le plus grand défi de la mémoire à l'oubli.
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